Mon histoire

Réservé à l’élite parisienne, le conseil en Image plus connu sous le nom de relooking était chose rare en 1995. Ayant lu un article dans  le magazine « Psychologie » concernant ces prestations, j’ai pris l’initiative de téléphoner à la conseillère en Image interviewée. Nous avons convenu d’un rendez vous, et plus que jamais convaincue, j’ai décidé de suivre sa formation. Cette formation m’a assez décontenancée car on ne pouvait pratiquer ce métier sans omettre l’obligatoire accompagnement magasin. La dimension humaine était absente et faisait place à la superficialité, visant à tout prix une transformation spectaculaire. A la fin de ma formation, je suis allée à la recherche de livres parus aux Etats Unis, beaucoup plus avancés que nous sur ce concept. A la suite de mes lectures,  j’ai pris la décision de mettre en place une méthodologie différente, rendant les clientes autonomes et évitant l’accompagnement magasin. Après une année d’apprentissage sur les amis, amis d’amis et des personnes venues par le bouche à oreille, j’ai décidé d’ouvrir mon agence.

Les jours et les semaines passaient sans que je n’arrive  à franchir le pas d’ouvrir mon agence, me sentant seule et manquant de courage. C’est alors qu’une idée fantasque m’a traversé l’esprit, afin peut être de me décourager une fois pour toute ! j’ai alors, pris la décision de téléphoner au rédacteur en chef du Lyon Figaro,  prétextant un coup de fil personnel. Une fois en ligne avec mon interlocuteur, je lui explique d’une traite que je venais d’ouvrir mon agence de relooking et que je souhaitais faire connaître mes prestations aux Lyonnais. Contrairement à mon attente, à l’autre bout du fil, un homme charmant me répond et me donne rendez vous en vue d’ un article dans son journal. Craignant que ce rendez vous ne soit annulé, je note l’heure et le jour du rendez vous sans lui donner mon nom et je raccroche. J’avais tellement peur qu’il me rappelle et qu’il annule. Le jour  « j »,  ayant eu un imprévu il avait nommé une journaliste pour le remplacer. C’est ainsi que  mon premier article a été publié avec une pleine page dans le Lyon Figaro, qui m’a obligée à me précipiter à la Chambre des Métiers pour enregistrer ma Société. Suite à cet article, « M6 régional » ainsi qu’une radio célèbre m’ont contactée pour un reportage et une interview.
Mais après ce départ en trombe, le soufflé est vite retombé.

J’ai préparé alors des posters à déposer dans des centres d’amincissement et Instituts. Quelques jours plus tard, j’ai reçu un coup de fil d’une personne s’occupant d’événementiel me proposant un stand gratuit dans la galerie marchande d’un grand centre commercial pour « ses bons plans de la rentrée ». Rendez vous et informations pris concernant la façon de présenter mon activité, j’ai aménagé mon stand. A mon grand étonnement il n’attirait que les curieux. Difficile à imaginer aujourd’hui. Les questions récurrentes étaient: « qu’est ce que le relooking ? ». Je n’étais plus du tout sûre que la province soit prête pour ce type de prestations jusqu’au dernier jour où une professeur d’économie m’a proposé d’animer une conférence devant 200 étudiants. Elle voulait leur faire prendre conscience que leur présentation lors d’un entretien de recrutement était un capital à ne pas négliger. J’ai accepté sa proposition, me promettant intérieurement de déménager à l’autre bout du monde si je me ridiculisais lors de cette conférence que j’avais accepté avec trop d’assurance, ne sachant même pas si j’en étais capable.

Un mois plus tard, armée de mes diapositives (il n’était pas encore question de vidéoprojecteur) et « la peur au ventre »
j’arrive pour présenter mon premier thème de conférence « La communication par l’Image ».J’étais très impressionnée par le micro que j’avais peur de tenir trop loin de ma bouche ou d’oublier pendant mon discours. L’annonce la veille de mon intervention, qu’un journaliste du « Progrès » serait présent dans la salle, avait fini de me contrarier.
Le grand jour est arrivé ! Les 200 étudiants  et leurs professeurs m’attendaient et ma peur redoublait. Ma conférence était scindée en deux parties, et en fin de conférence une demi heure était consacrée aux étudiants afin qu’ils me posent des questions.

Petit à petit, en m’appuyant et m’aidant de mes supports visuels, le trac s’est éloigné peu à peu et j’ai pu animer et développer mon thème  de façon passionnée.
Ma prestation terminée, soulagée, je n’avais plus qu’à attendre les questions des étudiants. Une classe qui ne devait pas participer mais que le professeur avait obligée à venir, n’avait pas visiblement été très captivée par cette conférence au sujet trop ennuyeux pour eux. Un étudiant s’est alors levé et m’a posé la question suivante avec une tonalité vulgaire dans la voix « Si je comprends bien, votre métier , c’est de la voyance ? », j’ai tout oublié, mon trac, la scène, le micro, les professeurs, les autres étudiants,le journaliste, c’est comme si j’étais seule face à lui, et ma réponse a fusé, « Je ne sais pas si tu as écouté tout ce que j’ai dit jusqu’à présent, mais si demain tu te présentes à un entretien de recrutement, en parlant comme tu me parles et habillé comme tu l’es, tu rateras ton entretien, je suis d’accord avec toi, c’est de la voyance et je te le prédis ! » Des éclats de rire ont fusé et cette anecdote a été commentée dans le Progrès, le lendemain.
J’étais incapable de dire si ma prestation avait été réussie ou non mais le lendemain, j’ai reçu une gerbe de fleurs
de la part des étudiants ainsi que la cassette d’enregistrement de la conférence (eh oui ! c’était l’époque des cassettes) .

C’est là que j’ai pris la décision d’annuler mon déménagement au bout du monde, et de continuer à exercer ce beau métier.